mercredi 28 février 2007

Bibliophilie forever

Art & Métiers du Livre

Bimestriel - 8,50 €



Je découvre avec le numéro de février - mars 2007 ce bimestriel consacré à la bibliophilie et qui paraît depuis 1891 (et oui, plus que centenaire). Dans ce numéro, il est notamment question d'un panorama des éditeurs de beaux livres et d'un beau dossier sur Huysmans.
Le magazine lui-même est conçu avec beaucoup de soins et accorde la forme au fond : papier (à l'exquise odeur, essayez donc !), maquette, photographie, tout est fait pour que le bibliophile éclairé ou simplement amateur soit comblé.
Site officiel.

mardi 27 février 2007

Disparaître ici

Moins que zéro
Bret Easton Ellis
Ed. 10/18, coll. Domaine étranger




Moins que zéro
, premier roman de Bret Easton Ellis, nous dévoile la jeunesse dorée américaine se brûlant les ailes sous le soleil de la Californie. Chez Ellis, les corps se vendent pour un peu de poudre blanche, les névroses remontent à la surface alors que les chaires se consument (et se consomment), l'atonie d'une jeunesse en perdition se révèle sous les néons glauques que l'auteur braquent sur les siens.
"On peut disparaître ici sans même sans apercevoir". Ellis stigmatise le néant de l'âme, la terrible vacuité de ses contemporains, qui absorbe tout, tel un trou noir existentiel que ses personnages fuient dans les paradis artificiels.
Pour Clay, le narrateur, "seule compte une chose : [...] voir le pire". Et dans cette descente aux enfers, on le suit, mi-consentant, mi-révulsé, seulement aiguillé par le talent de Bret Easton Ellis pour percer l'abcès purulent de l'Amérique. De cette catharsis, on en sort le regard vide, hagard, comme ces junkies qui errent la nuit à L.A., à la recherche d'une nouvelle dose.
Choqué, anesthésié, le lecteur s'arrache de l'univers fantasmatique de Bret Easton Ellis en sachant déjà qu'il y reviendra bientôt, happé par ces visions hallucinées.

Autopsie d'un blog évoluant à contre-courant

Sur son blog, Stalker - Dissection du cadavre de la littérature, Juan Asensio livre son point de vue peu amène sur l'état actuel de délabrement, tant intellectuel que littéraire, dans lequel se vautrent bon nombre de nos contemporains.
Enfin quelqu'un qui ose penser contre l'air du temps, battre en brèche les idées reçues et les fausses évidences, lutter à sa manière contre les thuriféraires d'une pensée unique sclérosée et débilitante. Bref, quelqu'un dont l'esprit critique est précieux en ces jours de disette intellectuelle.

lundi 26 février 2007

Enfin lu

Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?

Pierre Bayard
Ed. de Minuit, coll. Paradoxe



Il était temps que je lise le dernier essai de Pierre Bayard, Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?, paru aux Éditions de Minuit dans la collection Paradoxe, au nom amplement justifié par cet ouvrage.
Le livre est structuré en trois parties : Des manières de ne pas lire, où l'auteur définit son concept de "non-lecture", Des situations de discours, où l'on nous donne quelques situations où l'on est amené à parler de livres que l'on n'a pas lus, et enfin Des conduites à tenir, apogée de l'exercice de Pierre Bayard consacré aux méthodes à mettre en oeuvre pour se sortir des situations évoquées plus haut.
Chaque chapitre est illustré par un exemple tiré de la littérature ou du cinéma, voire de situations réelles. Le développement de la thèse de l'auteur est encadré par un prologue et un épilogue, mais sous cette rigueur un peu scolaire, toute dévouée à convaincre le lecteur, se cache un réel talent pour l'incitation au sophisme et aux jeux des paradoxes.

Tout d'abord, revenons à la notion centrale de non-lecture. Il s'agit moins ici de distinguer dans notre rapport aux livres ceux que l'on a lus et ceux que l'on n'a pas lus, mais bien de faire éprouver au lecteur l'infinité de lectures qu'il existe entre ces deux extrêmes si catégoriques. Aussi Pierre Bayard, pour parler de ses lectures, emploie-t-il quatre qualificatifs : livre inconnu (LI), livre parcouru (LP), livre évoqué (LE) et livre oublié (LO). Il se fait le chantre de lectures non conventionnelles, ou en tout cas non reconnues, car elles partent du principe qu'il n'est pas obligatoire (voire, dans certains cas, recommandé) de lire un lire pour pouvoir en parler. En effet, à force d'entendre parler de livres, d'en lire des critiques dans la multitude de magazines littéraires que je parcoure d'un oeil avide, je me retrouve souvent à pouvoir mieux parler de ces livres non-lus que de ceux que j'ai pourtant lus : le recul sans doute est salutaire.
Par ailleurs, cet ouvrage a le mérite de replacer le livre dans son tissu culturel et de souligner que la compréhension de cette place singulière au sein de la bibliothèque collective est plus importante que la connaissance intime du livre. On retrouve ainsi Valéry et son étonnante capacité à ne pas lire les livres dont il parle.
Enfin, Pierre Bayard inscrit sa réflexion dans une veine plus psychanalytique et démontre que l'on n'est jamais sûr de quel livre on parle, objet réel ou fantasmatique, révélateur de notre livre intérieur idéal. Et il en va de même dans notre rapport aux autres et à leurs lectures, si bien que l'espace de dialogue et d'échange intersubjectif ainsi dessiné est plus que fluctuant. C'est ainsi que Pierre Bayard se montre sensible à la nécessaire subjectivité de la lecture et en restitue toutes les ambiguïtés.

Cependant, je ne suis pas sans réserves quant à cet essai. Tout d'abord, l'auteur use un peu trop facilement du raisonnement inductif et généralise des cas extrêmes pour la nécessité de son argumentation. Ensuite, le livre refermé, on a la désagréable impression que Pierre Bayard oublie que la lecture est abandon à l'autre avant d'être appropriation personnelle et restitution dans la sphère culturelle. Dès lors, la lecture est réduite à son rôle de vecteur de pouvoir sur l'autre, et le plaisir de lire n'est pas du tout restitué, ou même évoqué : ce n'est certes pas le but de cet ouvrage, mais de là à oblitérer toute une dimension de l'acte même de lire, cela ne va pas sans poser problème.
Ces réserves énoncées, je conserve néanmoins de cet essai un très bon souvenir de lecture, qui passe dès lors du statut de livre évoqué (LE) au statut de live parcouru (LP). Gageons qu'il ne devienne jamais un livre oublié (LO).
En tout cas, c'est un lecture salutaire qui dénonce nos complexes face au monolithe de la culture et favorise des approches personnelles et originales de l'objet nommé livre.

Et encore de quoi lire

Reçu aujourd'hui le numéro de mars du Magazine Littéraire, dont le dossier consacré à l'Inde colle à l'actualité (cf. Salon du Livre de Paris). On peut par ailleurs y trouver un dialogue entre les écrivains et amis Olivier Cadiot et Jean Echenoz autour de la question du roman.
Et sans oublier les critiques, dont pour l'instant la seule que j'ai lue (La Confusion des sexes, de Michel Schneider, chez Flammarion) me donne déjà envie de retourner faire un tour dans la librairie la plus proche de chez moi.
Pour mon banquier, il va falloir que je devienne critique professionnel, afin de bénéficier des services de presse...

dimanche 25 février 2007

Le roman personnalisé

Les éditions Comedia proposent - via leur site internet - de réaliser pour le client intéressé, et moyennant finances (33 euros), un roman personnalisé dans lequel il pourra se mettre en scène lui et ses proches, selon six scénarios possibles.
Tout repose sur un logiciel qui automatise une bonne partie du travail de rédaction en se basant sur les réponses du client à un questionnaire.
Même si l'être humain demeure encore nécessaire pour conférer au texte une certaine sensibilité, ce genre de production interactive (et non de création) souligne une vision consumériste et mécanique de l'écriture, mais aussi de la lecture. Il est révélateur de deux phénomènes : premièrement, tout le monde veut écrire et voir son nom sur une couverture de livre ; deuxièmement, toute considération littéraire pour l'écriture, et donc pour le contenu du livre, est ignorée et marginalisée. Comment pourrait-il en être autrement, puisqu'avec les éditions Comedia, le tout-venant peut être à l'origine d'un livre qui portera son nom, avec de sa part un effort minimal : dessiner les grandes lignes à un logiciel d'écriture. Dès lors, le rapport au livre devient trivial, incertain et transitoire et relève plus d'un fantasme de la publication que d'une passion réelle pour l'écriture.

Màj : on nous propose sur le site de faire un essai. Voilà le genre de résultats que cela donne :
"C'était dans un petit restaurant à la mode que le pdg de la Alea Jacta Sud, Jean-marie Boudinet avait fourni à Jim Morrison quelques éclaircissements sur le travail confidentiel que l'on attendait de lui.
Les tables se touchaient presque et il fallait hurler pour se faire comprendre.
L'assistante du PDG, Maman, qui les avait accompagnés, portait une minijupe de chez Glamour. Sur la banquette de moleskine, sa cuisse nue touchait celle du détective novice qui se demandait comment il pourrait attirer cette splendide créature chez lui.
- Vous comprenez l'importance de votre mission, mon cher Jim, insistait Jean-marie.
- Non, répondit Jim Morrison, qui louchait méchamment dans le décolleté de l'assistante.
Sa dernière bouchée de poulet aux pousses de bambou avait beaucoup de mal à passer.
- Hem, reprit Jean-marie Boudinet, soyons sérieux, puis-je vous appeler Le roi lézard ?
- Certainement pas, répondit Jim à Maman qui lui demandait si ça ne le dérangeait pas qu'elle déboutonne le premier bouton de son chemisier car l'ambiance était torride...
Il posa sa main sur le poignet de l'objet de son désir.
Jean-marie Boudinet, totalement étranger au manège de sa collaboratrice poursuivit :
- Mon cher Jim, vous avez été bien inspiré de laisser tomber votre précédente activité : poète ! Voilà bien une occupation futile.
- Saturnin m'a laissé entendre que vous étiez plutôt laxiste, il faudra que ça change !
Jim s'apprêtait à balancer au PDG ses quatre vérités et se promit d'étrangler Saturnin dès ce soir.
- Est-ce que Maman m'accompagnera dans ma mission ? questionna Jim.
- Vous savez, mon cher Le roi lézard, la mission que nous vous confions est risquée. Les services secrets américains, chinois et russes sont sur le coup. Nous pensons que même la mafia russe est entrée, à votre insu, en contact avec Pepino, et tente de s'attacher ses services pour vous surveiller.
Regard consterné de Jim.
- Pas Pepino ! pas lui !
- Et bien si... Pepino en personne ! Vous ne lui avez pas trouvé un regard particulier ces jours-ci.
- par les saintes culottes de macgrégor, lâcha Jim..."
No comment.

samedi 24 février 2007

Comment ne pas écrire des histoires

Sur le site de la revue québécoise de science-fiction et de fantastique, Solaris, on peut trouver cet étonnant guide pour écrivain en herbe : comment ne pas écrire des histoires, où Yves Meynard livre une compilation de tous les défauts caricaturaux d'une certaine SF de bas niveau, défauts que l'on retrouve parfois chez des plumes pas encore tout à fait mûres.
C'est très drôle, et souvent très juste. A lire d'urgence.

(Illustration de Marc Auger)

vendredi 23 février 2007

27ème édition du Salon du Livre de Paris

Dans un mois jour pour jour s'ouvrira la 27ème édition du Salon du Livre de Paris, qui aura cette année pour invité d'honneur l'Inde. Cela se déroulera Porte de Versailles (hall 1) jusqu'au 27 mars. Sur le site officiel, on peut notamment trouver la liste des exposants et des dédicaces (auteurs et horaires).

jeudi 22 février 2007

L'avenir du livre : ouverture et clôture

Aujourd'hui se tenait à Sciences Po Paris un colloque public sur l'avenir du livre, s'inscrivant dans le cadre de la mission "Livre 2010" et organisé conjointement par la Direction du Livre et de la Lecture (DLL) et le Centre National du Livre (CNL).
Sur le site du CNL, on peut lire le discours d'ouverture du Ministre de la culture et de la communication, Renaud Donnedieu de Vabres, et celui de clôture de Benoît Yvert, Directeur du livre et de la lecture.
Un bilan de l'état actuel de la chaine du livre, et une ouverture vers son aménagement pour l'adapter aux mutations de notre temps.

Libérez Borges !

Les bouquinistes des quais de la Seine sont formels : trouver les œuvres complètes de Borges à la Pléiade est pratiquement impossible, et si, par le plus grand des miracles, on arrive à les trouver (ne serait-ce qu'un des deux tomes), il faudra s'attendre à payer un prix exorbitant, puisque cette édition n'en a aucun.
A quand une pétition pour demander à Mme Kodama de libérer les oeuvres de son défunt mari ?

mercredi 21 février 2007

Il y a lire et lire

Il me semble qu'il existe deux extrêmes dans les manières de lire : l'un qui consiste à lire crayon à la main, à s'approprier pleinement le texte, quitte à le maltraiter un peu ; l'autre qui considère le livre comme un objet d'art, et ne saurait tolérer la moindre page cornée, quitte à placer l'ouvrage sous verre (et sous vide).
Pour mon malheur, je fais irrémédiablement partie de la seconde catégorie... Il s'agirait dès lors de posséder chaque livre en deux exemplaires : l'un destiné à sa stérile contemplation, l'autre "tout terrain", apte à survivre aux pires traitements, aux transports en commun... bref, apte à vivre, tout simplement.
Ou comment la bibliophilie peut virer au ridicule.

mardi 20 février 2007

Cure de libération pour plumes rétentrices d'encre

Le Nouveau Magasin d'écriture
Hubert Hadad
Ed. Zulma

Ce volumineux ouvrage est fait pour tout mordu de la plume souffrant du vertige de la page blanche, mais aussi pour tout lecteur désireux de s'ouvrir aux horizons créatifs de l'écriture. S'il n'a pas la prétention d'apprendre l'art d'écrire, tâche vaine s'il en est, ce livre a néanmoins le mérite de creuser les voies de l'inspiration, pour en faire resurgir le ferment magique par lequel s'opère la transmutation de toute velléité scripturaire. En un mot, il conforte plus l'aspiration à l'écriture qu'il ne la crée ex-nihilo.
Hubert Hadad, pionner de l'atelier d'écriture en France, dévoile les milles et une façons de mettre à genoux la Muse récalcitrante, d'échapper aux blocages et autres auto-censures, et enfin et surtout de déployer une écriture originale, dénuée de tout académisme.
Un livre qui innerve et nourrit la passion de l'écriture par une puissance libératrice et créatrice phénoménale.

lundi 19 février 2007

Lecture & Ecriture

En lisant en écrivant

Julien Gracq
Ed. José Corti


Le titre à lui seul définit le livre, en inscrivant la lecture et l'écriture dans un même processus : celui de la respiration de tout être littéraire, où inspiration et expiration alternent et reviennent l'un l'autre comme le flux et le reflux de l'océan.
Dans une langue riche et généreuse qui ne fait l'économie ni des métaphores ni des adjectifs, Julien Gracq nous fait partager son esprit instruit et sensible, deux qualités qui se retrouvent rarement unies dans un même regard, celui que l'auteur porte sur la littérature et plus largement sur l'art et la culture. On retrouve sous sa plume le plaisir sensuel que procure les livres, cet enivrement des mots et des harmoniques internes du langage, qu'il restitue avec générosité et amour dans un français de haute tenue.
Un grand écrivain, mais aussi un grand lecteur.

dimanche 18 février 2007

De l'importance de ranger sa bibliothèque

La littérature française au présent

Héritage, modernité, mutations

Dominique Viart et Bruno Vercier
Ed. Bordas, coll. La Bibliothèque Bordas.

C'est en rangeant ma bibliothèque que j'ai redécouvert cet excellent ouvrage de Dominique Viart et Bruno Vercier : La littérature française au présent - Héritage, modernité, mutations, paru en 2005 aux éditions Bordas, dans la collection La Bibliothèque Bordas.
Ce livre traite de la littérature française qui s'est faite durant le dernier quart de siècle, de son allégeance au passé, ou au contraire, de ses ruptures avec son héritage, et surtout de son apport aux lettres contemporaines. Érudit et passionnant, il s'organise autour de deux parties : le renouvellement des questions et l'évolution des genres, le conflit des esthétiques. Toujours parfaitement documenté, comme peut en témoigner l'impressionnante bibliographie en fin d'ouvrage, cet essai de théorisation littéraire montre une littérature en devenir, en perpétuel mouvement et dont les évolutions sont retranscrites au rythme de la page et du monde, les deux liés avec brio.
Cet ouvrage est conseillé à tous ceux qui voudraient retourner le temps pour contempler les changements qu'il a imprimés aux livres.

samedi 17 février 2007

Le Cafard cosmique

Pour tout amateur de littératures de l'imaginaire (fantastique, science-fiction, fantasy), il existe sur la toile francophone un site de référence : le Cafard cosmique. En fait, il s'agit d'un e-zine mensuel qui propose critiques, dossiers, entretiens et fiches sur les auteurs du genre. Le tout servi par un design sobre et élégant. On y découvre tous les mois les derniers livres parus, on peut suivre de près l'actualité des littératures de l'imaginaire : bref, un site incontournable.
Le Cafard cosmique, c'est aussi un forum : le S.F.orum, où les Cafardnautes s'étripent joyeusement en échangeant leurs avis sur leur genre fétiche. Les mots ne sont pas mâchés, mais pour tous ceux qui fuient les discours de langues de bois, c'est assez salutaire. Par ailleurs, traînent sur ce forum quelques grands noms du genre, auteurs ou éditeurs : c'est dire si le Cafard cosmique est fédérateur en matière d'imaginaire et de littérature.

vendredi 16 février 2007

Les Éditions du Sonneur

Je parlais récemment de l'amnésie de l'histoire littéraire et des oeuvres restées injustement dans l'oubli : une maison d'édition tout juste âgée de deux ans - Les Éditions du Sonneur - a pour vocation de combler les zones d'ombre de la littérature et d'offrir une seconde vie à des textes méconnus. Voici les trois objectifs qu'ils se sont fixés :
- publier des textes inédits et des textes oubliés ou méconnus dignes de vivre ou de revivre, d'être découverts ou retrouvés ;
- éditer peu de titres, mais les accompagner assez longtemps pour qu'ils trouvent leurs lecteurs. Des ouvrages auxquels on revient et avec lesquels on vit. Bref, le contraire de la surproduction et de la grande consommation littéraire.
- ajouter au plaisir de découvrir des textes celui de lire des livres fabriqués avec soin.
Vous l'aurez compris, il s'agit d'une petite maison de qualité dont l'initiative est à saluer.

jeudi 15 février 2007

"Interdisons les blogs !"

Dans le Figaro Littéraire de la semaine dernière, dont la une est consacrée au supposé mal dont souffre le roman français, on peut lire un entretien avec Richard Millet et Jean-Marc Roberts qui livrent leur analyse et leur point de vue d'éditeurs sur le débat qui agite ces temps-ci la scène littéraire française.
Je ne reviendrai pas sur le sujet, mais il y a une réponse de Jean-Marc Roberts qui m'a quelque peu interpellé : "Je suis optimiste pour le roman, mais pessimiste sur notre époque qui est antilittéraire. Le pire, ce sont les blogs : non seulement, les gens ne lisent plus mais ils ne vivent plus. Interdisons les blogs !"
Rappelons que J.-M. Roberts est gérant et directeur littéraire de Stock, ainsi qu'auteur (il a reçu le prix Renaudot pour ses Affaires étrangères). Si j'étais moins timide, j'aimerais bien lui demander quelle corrélation directe il a pu déceler entre l'antilittérarité de ses contemporains et le phénomène des blogs. Car enfin, jusqu'à preuve du contraire, tenir un blog n'interdit pas de vivre, ni même de lire, et ce d'autant plus s'il s'agit d'un blog littéraire !
Mais je lui concède qu'il y a moins de lecteurs, et surtout moins de gros lecteurs (les boulimiques, les vrais) qu'avant (ne me demandez surtout pas de situer chronologiquement cet "avant", j'en serais bien incapable : nous supposerons donc que ce terme fait référence à un âge d'or hypothétique de la lecturite chronique, au temps jadis pour ainsi dire).

Retrouvez l'entretien incriminé ici.

mercredi 14 février 2007

Un mois déjà

Il y a un mois jour pour jour, je postais le premier message de L'Illettré : mon blog prenait vie. Depuis, L'Illettré a grandi, a rencontré ses premiers visiteurs (et même quelques commentateurs), a trouvé sa place dans la blogosphère, au contact de laquelle il n'a cessé de se cultiver et de s'enrichir... bref, il vit.
Désormais, il s'agit pour moi de trouver mon rythme de croisière et c'est pourquoi je vais tenter de tenir le pari suivant : proposer tous les lundis la chronique d'un livre que j'aurais lu la semaine précédente et que j'aurais apprécié, partager avec vous - semaine après semaine - ma playlist littéraire.
Et cela sans oublier les messages quotidiens sur le microcosme des lettres...

A très bientôt.

mardi 13 février 2007

Le noir du temps

Dans l'atelier de théorie littéraire de Fabula, j'ai lu cet article fort intéressant de Paul-André Claudel sur la question suivante : "une esthétique des oeuvres mineures est-elle possible ?". Ou comment dégager des limbes amnésiques de l'histoire littéraire "officielle" des textes injustement méconnus (voire souvent inconnus), dans un souci d'objectivité historique et littéraire.
Cette question interpelle tout amateur de perles rares en littérature, et est d'autant plus d'actualité avec Internet et la démultiplication extraordinaire des apprentis écrivains qui publient leurs écrits sur leur blog. Car, dans ce foisonnement vertigineux d'auteurs, comment ne pas manquer le texte précieux ? Une tentative pour proposer un début de recensement a été entreprise par Christine Genin avec son Labyrinthe, mais est-ce suffisant ? D'autant que ne sont concernés que les écrivains français contemporains (et c'est déjà beaucoup).
Ne serait-il pas temps de prendre pleinement conscience des atouts que nous offre Internet dans son évolution vers le Web 2.0 ? Pourquoi ne pas entreprendre la création d'un portail consacré à la promotion des oeuvres littéraires, de toutes les oeuvres littéraires ?

lundi 12 février 2007

Les libraires s'organisent

Des libraires ont investi la toile pour poursuivre leur rôle vital de conseil en lectures, par l'intermédiaire d'un blog au nom transparent : Le choix des libraires. Ils se présentent ainsi :
Bienvenue sur Lechoixdeslibraires.com. Comme son nom l'indique Lechoixdeslibraires.com vous permettra de découvrir, de partager les coups de cœur des libraires, qui sont les ambassadeurs du livre. Vous entendrez les écrivains raconter leur amour des livres, et des librairies. Des comédiens liront de courts extraits choisis. Et vous saurez tout sur l'actualité littéraire, grâce à la participation active des éditeurs.

Nous proposons également un podcast. Celui-ci vous permet de recevoir chez vous gratuitement les Voix des libraires, les Voix des auteurs et les Courtes lectures de livres.
Chaque libraire peut, si l'envie lui en prend, proposer les livres qu'il conseille. Cet espace fédérateur est le parfait exemple de la complémentarité entre Internet et les librairies traditionnelles, et souhaitons-leur bonne continuation dans leur entreprise.

dimanche 11 février 2007

Le retour de Corto Maltese

Vu sur le site de LivresHebdo : il semblerait que le héros d'Hugo Pratt revienne en 2009 pour de nouvelles aventures, soit 17 ans après la parution du dernier tome (). C'est ce qu'a affirmé Patrizia Zanotti, légatrice universelle de l'oeuvre d'Hugo Pratt, au Figaro du 25 janvier.
De quoi fêter dignement les quarante ans de Corto Maltese...

vendredi 9 février 2007

Au sujet des idées reçues et des contre vérités

A tous ceux qui crachent sur les éditeurs, je recommande la lecture du billet de Joseph Vebret des Blogauteurs. Il met les pieds dans le plat et fait tomber bon nombre de clichés sur le métier d'éditeur.
Décapant et rafraîchissant.

jeudi 8 février 2007

Enfer et damnation !

Que je sois maudit : j'apprends à l'instant qu'une table ronde se tiendra demain à 20h45 à la Maison de l'Amérique latine sur le thème "BORGES : entre la France et l'Argentine, une relation fantastique". Que ne l'ai-je su plus tôt...

C'est l'association Pasarela qui organise cet événement, qui se tiendra sous la direction de Gisela G
ómez, avec comme intervenants Maria Kodama, la veuve de l'illustre Argentin, Axel Maugey (professeur, écrivain et critique) et Serge Lehman (écrivain et critique).

Réservations à l'adresse suivante :
alapasserelle@yahoo.fr.

Je suis curieux de savoir si le problème de la réédition des Oeuvres complètes de Borges à la Pléiade sera soulevé au cours de la soirée. En effet, Maria Kodama est la légataire universelle de l'oeuvre de Borges et refuse sa réédition pour d'obscures raisons.
Pour ceux qui souhaitent en savoir plus, je conseille la lecture de ce billet de Pierre Assouline sur son blog (et puis celui-là aussi).

Very short stories

Via le blog de François Bon, j'ai découvert Nova Cookie & Frozen Hell : le blog de Thierry Brunet qui se situe "au croisement de la prose et de la poésie", en publiant de très courtes histoires en six mots seulement, sur le modèle de celle d'Hemingway : "For sale: baby shoes, never worn."
Vous pouvez envoyer vos six mots à l'adresse suivante : novacook6@aol.com.

mercredi 7 février 2007

La Conjuration des imbéciles

John Kennedy Toole

Traduit de l'anglais (Etats-Unis)
Ed. 10/18, coll. Domaine étranger




"Un homme à qui personne ne plaît est bien plus malheureux que celui qui ne plaît à personne."
La Rochefoucauld

On peut penser à cette maxime à la lecture de ce roman qui narre les péripéties du dénommé Ignatius J. Reilly, trentenaire vivant encore chez sa mère à La Nouvelle-Orléans du début des sixties, acariâtre, mégalomane, mythomane et paranoïaque (la liste de ses névroses n'est en aucun cas exhaustive). Il est contre le monde moderne et ses contemporains, et prêche la philosophie de Boèce.
Malheureusement pour lui (et pour son entourage), il est soudainement projeté dans la vie active pour rembourser les dégâts provoqués par un accident de voiture. S'ensuit alors une longue série de catastrophes toutes plus ou moins imputables à cet étrange personnage atypique et anachronique.

L'auteur de ce livre - John Kennedy Toole - s'est suicidé en 1969 à l'âge de trente-deux ans alors qu'il pensait être un écrivain raté, vu qu'il n'avait pas réussi à trouver d'éditeur pour ses deux premiers romans (le second s'appelle La Bible de néon).
La Conjuration des imbéciles fut édité en 1980 grâce à sa mère qui le fit lire à l'écrivain Walker Percy et reçut en 1981 le prestigieux Prix Pulitzer.

Tout le talent de Toole consiste à nous faire aimer un personnage aussi détestable qu'Ignatius, à nous faire éprouver pour lui de la compassion ou de la pitié, selon notre affection. Car l'inadaptation de ce marginal haut en couleurs, aux excentricités toutes plus tordues les unes que les autres et dont le portrait est en lui même savoureux, n'est pas sans évoquer nos propres écarts à la norme sociale, notre propre sentiment de refus face à cette modernité oppressante.
Par ailleurs, l'auteur restitue une ville et une époque, ses tensions sociales, ses affrontements idéologiques et générationnels, et se livre à une vraie satire de ses contemporains : on est en droit de se demander en quoi Ignatius ressemble à son père littéraire.
Enfin, ce livre nous propose un microcosme saisissant de personnages romanesques que le talent de Toole fait graviter autour d'Ignatius dans un perpétuel jeu d'interactions apparemment hasardeuses. Tous sont liés par l'auteur qui tire les ficelles avec bonheur et inventivité. Cela confère homogénéité et densité à une galerie de portraits pertinente.

A titre posthume, comme le remarque Bernard Le Saux en quatrième de couverture, les Américains ont fait mentir la citation de Jonathan Swift que Toole avait placée en exergue de son livre : "Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui".

P.S. : la traduction de Jean-Pierre Carasso mériterait d'être modernisée car dans son univers textuel, les gens portent des "bloudgines", vont à des "coquetels", etc. : ces anglicismes à l'orthographe ainsi francisée ne sont plus de mise aujourd'hui.

mardi 6 février 2007

Des cadavres exquis sur la toile

Lu sur le blog Point Livres, cette initiative de l'éditeur anglais Penguin Book : ouvrir un site (A Million Penguins) pour permettre aux internautes l'écriture collective d'un roman, à l'image de Wikipedia et de son projet d'encyclopédie participative.
Cette mode des wikis (ces sites collectifs où tout un chacun peut ajouter sa pierre à l'édifice) n'est pas anodine et relève de l'engouement pour le communautarisme porté par le Web 2.0, et que d'aucuns confondraient avec la pleine expression de la démocratie. Mais qu'en est-il vraiment des enjeux du projet ? Produira-t-il une matière textuelle digne de ce nom ou au contraire une mosaïque hétérogène de styles et d'inspirations ?
Et surtout, en quoi le site A Million Penguins est-il révélateur des mutations à venir de notre approche et de notre pratique de l'écriture, ainsi que du secteur du livre en général ?


lundi 5 février 2007

Livres 2010 - réflexions sur l'avenir du livre

Le 22 février aura lieu à Sciences Po Paris un colloque public sur "l'avenir du livre". Ce colloque s'inscrit dans la mission "Livre 2010" dirigée par Sophie Barluet. Le programme et le formulaire d'inscription au colloque sont ici.

Sophie Barluet a en effet été mandatée par le Directeur du livre et de la lecture, Benoît Yvert, pour mener à bien cette enquête sur l'avenir du secteur du livre. Cela a donné lieu depuis septembre 2006 et jusqu'à ce mois de février à onze tables rondes thématiques, organisées à Paris et en province, afin de dessiner les perspectives de réflexion et d'action relatives aux évolutions, voire aux mutations, du secteur du livre. Des professionnels de tous les secteurs concernés ont été réunis dans cette optique.

La prochaine conférence aura pour thème "Quelles formes d'intervention et d'organisation pour l'action publique ?" et se tiendra demain à la Maison de l'Amérique latine (217 boulevard Saint Germain, Paris 7ème). Le rôle des différents acteurs publics liés au livre et l'organisation des services d'administration en charge du livre et de la lecture seront ainsi abordés. Voir le programme.

dimanche 4 février 2007

Villa Gillet

La Villa Gillet est un lieu de rencontres et d'études littéraires, et plus largement artistiques, situé à Lyon mais dont le rayonnement dépasse le cadre national :



La Villa Gillet, créée par la Région Rhône Alpes en 1987, est un centre d’analyse et de diffusion de la pensée et des arts contemporains.

Lieu de recherche et de dialogue unique en Europe, la Villa Gillet a pour vocation d’ouvrir des perspectives transdisciplinaires sur les cultures contemporaines à un échelon international.

Artistes, écrivains et chercheurs se retrouvent à la Villa Gillet pour nourrir une réflexion publique autour des questions de notre temps et interroger le monde d’aujourd’hui.

Consacrée à la pensée contemporaine aussi bien qu’aux pratiques artistiques, elle organise depuis 20 ans conférences, débats, tables rondes, colloques, spectacles, lectures et performances. Elle a créé en 2001 le Festival « Les Intranquilles » qui mélange lectures, performances et créations théâtre, danse et nouveau cirque.

Elle tient à unir la rigueur de la pensée à une approche culturelle des savoirs contemporains. Lieu de référence international, la Villa Gillet a toujours eu à cœur de créer un espace de dialogue pour penser le monde d’aujourd’hui.

La Villa Gillet est aujourd’hui subventionnée par la Région Rhône-Alpes, la Ville de Lyon, la Direction Régionale des Affaires Culturelles et bénéficie de l’aide du Centre National du Livre et des services culturels du Ministère des Affaires Etrangères.

La prochaine rencontre aura lieu ce jeudi 8 février, avec Jean Daniel et Laure Adler autour de "Avec Camus. Comment résister à l'air du temps".

samedi 3 février 2007

De la ratologie du livre

C'est bien connu, toute la chaîne du livre est en crise : les auteurs - qui ne savent plus écrire de romans dignes de ce nom, les éditeurs - qui déposent le bilan pour les plus petits ou doivent se concentrer, les libraires - qui sont en guerre contre Amazon.com, et même les lecteurs - qui ne lisent pas assez. La crise donc.
Aussi, pour trancher un peu dans la morosité actuelle, j'ai ouvert un livre pour le feuilleter. Ce livre, c'est Comment rater complètement sa vie en onze leçons, de Dominique Noguez, publié aux éditions Payot & Rivages. Je l'avais offert en cadeau d'anniversaire à une amie, afin de pouvoir le lui emprunter ultérieurement (et oui, un(e) ami(e), c'est aussi et surtout une bibliothèque potentielle). Et figurez-vous qu'au sommaire de ce savoureux traité de ratologie, on peut trouver ceci :
  • Comment rater si vous êtes écrivain ("Si vous voulez faire l'écrivain, n'oubliez donc pas d'écrire petit, lugubre, visqueux, glauque, interminable et plat - plat, vraiment plat, pas plat de façon flamboyante, mais plat platement, si vous voyez ce que je veux dire. Bref, soyez chiant.")
  • Comment rater si vous êtes éditeur ("Un moyen [...] simple et de fond est de mépriser son personnel et ses auteurs. Le personnel - lecteurs de base, membres du comité de lecture, directeurs de collections, maquettistes, correcteurs, photographes, attachées de presse, représentants, comptables, standardistes - travaillera de plus en plus mal. Certains finiront par partir. Les auteurs, c'est beaucoup plus difficile. L'auteur s'attache. Sa capacité à avaler des couleuvres est quasiment infinie. Enfin vous pouvez toujours essayer. Commencez par ne pas le lire.")
  • Comment rater si vous êtes libraire ("Avant tout, détester les livres. Non seulement comme objets envahissants et inflammables qui prennent la poussière, mais pour leur prétention à être les plus extraordinaires véhicules de communication inventés par l'homme. [...] Donc ne lisez rien.")
Cela va nettement mieux, n'est-ce pas ?

vendredi 2 février 2007

Autour du Maître de Providence

H.P. Lovecraft
contre le monde, contre la vie
Michel Houellebecq
Ed. J'ai lu

HP Lovecraft
Le roman de sa vie
Lyon Sprague de Camp
Ed. Durante

H. P. L. (1890-1991)
R.C. Wagner
Ed. ActuSF, coll. Les Trois Souhaits


"Howard Philips Lovecraft constitue un exemple pour tous ceux qui souhaitent apprendre à rater leur vie, et éventuellement, à réussir leur oeuvre. Encore que, sur ce dernier point, le résultat ne soit pas garanti."


Belle entrée en matière que nous propose la quatrième de couverture de cet essai de Michel Houellebecq sur la vie et l'oeuvre de H.P. Lovecraft (1890-1937) : H.P. Lovecraft contre le monde, contre la vie. Bien qu'il transpose un peu trop ses névroses et ses obsessions personnelles sur le Maître de Providence (on sent le nihilisme affleuré sous chaque mot), Houellebecq a le mérite de le comprendre de l'intérieur et de nous restituer le personnage dans toute sa haine de la modernité et de ses contemporains, mais également dans sa gentillesse et dans son amabilité légendaires. Houellebecq s'est visiblement reconnu en lui par delà le temps, et on est en droit de se demander si c'est de Lovecraft qu'il nous livre un portrait ou s'il s'agit d'un autoportrait déguisé.

Quoi qu'il en soit, on préférera cet essai à la biographie commise par Lyon Sprague de Camp (HP Lovecraft Le roman de sa vie), dont les indéniables qualités de recherche (propres à la biographie américaine) ne pardonnent pas le mépris évident avec lequel Sprague de Camp traite Lovecraft.

L'écrivain français de science-fiction R.C. Wagner nous propose quant à lui une biographie/bibliographie fictive de Lovecraft dans H. P. L. (1890-1991) où il imagine que l'auteur de L'appel de Cthulhu n'est pas mort en 1937, mais en 1991, à l'âge de 101 ans.
Cette uchronie pleine de charme révèle une réelle sympathie de R.C. Wagner pour Lovecraft et nous offre quelques très belles pages d'extrapolation d'une vie et d'une oeuvre littéraires (avec de vraies fausses références bibliographiques très crédibles).
Cette nouvelle, couronnée en 1997 par le prix Rosny Aîné, est actuellement rééditée par ActuSF dans sa collection Les Trois Souhaits, après épuisement complet du premier tirage, dans une version bilingue français-anglais bénéficiant du talent d'illustrateur de Caza.

Finalement, H.P. Lovecraft était un écrivain anachronique, jeté de plein fouet dans une époque qui n'était pas la sienne et à laquelle il se montrait farouchement incompatible. De là à le voir "contre le monde, contre la vie", il n'y a qu'un pas, que l'on franchira ou pas selon l'interprétation que l'on fait de la vie et de l'oeuvre de ce monument de la littérature fantastique.

jeudi 1 février 2007

Les copains d'abord

La maison des célibataires

rn Riel

Traduit du danois
Ed. 10/18, coll. Domaine étranger


C'est donc l'histoire de cinq célibataires vivant dans la maison éponyme d'une petite colonie du Groenland. Il y a Moses, l'aîné du groupe ; Kernatoq, capitaine du bateau à charbon de la colonie, charbon dont il a fini par prendre la couleur ; les jumeaux Joseph et Abraham, à la généalogie flexible ; et Kodak, le borgne.
Ils ont élu domicile dans l'ancienne maison de missionnaires depuis longtemps partis de la colonie, sans pour autant que ladite maison leur appartienne de droit. Ils y coulent des jours paisibles, vivant sur le salaire de Kernatok et pratiquant le farniente. Mais un beau jour, l'inquiétude ronge Moses : que vont-ils devenir une fois vieux et impotents ? Ils seront à coup sûr disséminés dans des maisons de retraite fort éloignées de la colonie. Le doute existentiel s'empare du groupe et résonne particulièrement chez Kernatoq. Il décide donc de demander la main d'une riche veuve de la région, au tempérament bien trempé, pour assurer les vieux jours de ses amis. Mais ces derniers ne voient pas d'un si bon oeil leur ami se sacrifier de la sorte : le mariage ?! mais vous n'y pensez pas !

Voilà le point de départ de ce court roman (moins de 70 pages). D'ailleurs peut-on encore parler de roman ? Le terme de nouvelle ne me convient pas non plus. Le livre est sous-titré : Une petite histoire groenlandaise, mais nous emprunterons finalement le mot à l'auteur : cette histoire est un "racontar". Car rn Riel est avant tout un conteur, qui aime chanter la vie simple du Groenland. Et de ce point de vue, son racontar remporte l'adhésion du lecteur, tant il est vrai que la modestie du propos et surtout sa sincérité sont rafraîchissantes par les temps qui courent. On y parle amitié et solidarité, paresse et joie de vivre.

Un livre à prescire aux lecteurs moroses...

P.S. : le crédit de l'illustration de couverture donne une assez bonne idée de l'ambiance groenlandaise : Fritz Butz, Non-Alcoholic Beverage Poster (détail).